Avec Les Noces des Lucioles, Oreco Tachibana nous plonge en pleine ère Meiji, une époque de transition où modernité et traditions se croisent. Ce cadre historique, sublimé par un dessin magnifique et détaillé, sert d’écrin à un josei aussi dramatique qu’inattendu, porté par une héroïne à la fois fragile et terriblement mordante.
Satoko Kirigaya sait que ses jours sont comptés. Issue d’une famille noble, elle accepte son sort avec une détermination surprenante : son dernier souhait est d’apporter l’honneur à son nom en se mariant. Mais le destin, capricieux, place sur sa route un assassin, envoyé pour mettre fin à son existence. Au lieu de paniquer, elle prend une décision totalement insensée… lui proposer le mariage ! Un revirement qui prend de court aussi bien le lecteur que ce tueur à l’air doux mais au regard fou, qui semble autant fasciné qu’amusé par la situation.


Elle, noble, éduquée, déterminée, mais contrainte par son statut et sa santé fragile. Lui, un assassin redoutable, à l’esprit aussi affûté que sa lame, qui jongle entre des phrases sans filtre et une désinvolture déconcertante. Diamétralement opposés, leur relation, aussi captivante qu’explosive, rappelle certaines séries comme Criminelles Fiançailles.
Mais ils se contentent pas d’être des archétypes. Profonds, travaillés, avec des caractères bien affirmés, ils intriguent dès les premières pages. Satoko, que la vie n’a pas épargnée, se révèle bien plus forte qu’il n’y paraît. Si son corps la trahit, son esprit, lui, refuse de plier. On s’attache rapidement à elle, d’autant qu’elle peut compter sur l’amour inconditionnel de son père, un détail rare et touchant dans ce type de récit.
Quant à son nouvel époux improvisé, difficile de cerner ses véritables intentions. À mi-chemin entre le sociopathe et le charmeur désinvolte, il semble chercher quelque chose de plus profond que la simple survie. Peut-être l’amour ? Ou du moins une forme de connexion qu’il n’a jamais connue. Quoi qu’il en soit, il devient son seul espoir, et ce mariage, qui semblait être un coup de poker, prend une tournure encore plus improbable lorsque Satoko se retrouve piégée sur une île dédiée aux plaisirs, où le seul moyen de s’en sortir est d’acheter sa liberté.
Prenant le temps de poser les bases d’un récit qui ne demande qu’à se déployer, Oreco Tachibana nous captive. Son trait, fin et précis, met en valeur chaque détail des kimonos, coiffures et architectures, plongeant le lecteur dans un Japon raffiné et contrasté. Les jeux d’ombre et de lumière apportent une intensité dramatique aux scènes-clés et renforcent la tension latente du récit. Les expressions sont soignées, qu’il s’agisse des regards glacials de l’assassin ou des sourires teintés de mélancolie de Satoko. Chaque planche oscille entre délicatesse et brutalité, donnant au récit une atmosphère à la fois poétique et troublante.
De noble fiancée, elle doit à présent devenir la plus grande courtisane. Une situation absurde, dangereuse et captivante, qui ne donne qu’une envie : découvrir jusqu’où ce duo improbable ira. Les Noces des Lucioles démarre fort aux éditions Glénat et promet un récit où drame, humour et romance s’entrelacent avec brio.
Remerciements à Glénat pour l’envoi du tome.